Le Soir – 1 Avril 2017

Le vin wallon, nouvelle star qui tarde à tremper dans le bio

Certains gros domaines viticoles se lancent dans l’aventure bio, mais difficile de concilier climat belge et santé des vignes.

Ces jours-ci, les vignes belges pleurent. Elles ne se portent pourtant pas si mal. Non, si on parle des larmes de la plante, c’est parce que sa taille est récente et qu’en attendant sa cicatrisation, sa sève s’écoule. Une bête réaction naturelle donc, parce que le secteur viticole wallon, lui, affiche plutôt une mine réjouie.

Cela fait une dizaine d’années que le vin belge se donne les moyens d’acquérir ses lettres de noblesse. Une trentaine de producteurs, dont la plupart sont unanimement salués pour la qualité de leurs produits se partagent un marché en pleine expansion.

Il reste toutefois une « niche » dans laquelle les acteurs sont peu nombreux : le bio.
Pourtant certains commencent à s’y engouffrer.

Trois ans pour la transition

« Nous avons la chance d’avoir pu acquérir un terrain quasi-vierge, explique Vanessa Vaxelaire, responsable des vignes du Château de Bioul, dans le Namurois. Il n’avait été ni labouré ni traité depuis des décennies. On profite donc d’une belle biodiversité et, pour la préserver, nous désherbons rarement ». Elle et son mari, ont planté leurs premières vignes en 2009. Première cuvée en 2015 et la cuvée 2016 est en cours de vinification, malgré des récoltes plutôt maigres. Blanc, rosé, bulles, le château veut « mettre le nord en bouteille ».

Le couple a décidé de se lancer dans l’aventure du bio et devrait entamer sa conversion.
« Dans l’ensemble, le bio c’est déjà notre mode de travail aujourd’hui, assure Andy Wyckmans, le mari. Le désherbage se fait de manière mécanique. Sauf à quelques endroits très localisés. Et asperger nos vignes de produits phytosanitaires ne fait pas du tout partie de notre conception de l’agriculture. A partir de septembre, nous passerons donc par trois ans de transition avant de pouvoir être certifié ».

« Le bio apparaît donc comme une évidence. Les clients nous demandent régulièrement si nous avons une certification bio et il est difficile de faire comprendre même si nous n’avons pas de label, nos méthodes de production sont les mêmes. Et la grosse majorité de nos clients aime consommer en circuit court, le bio participe aussi à cette philosophie ».

Le Belge aime le vin bio

On devine donc la demande croissante ; En 2015, l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique estimait que la Belgique était le neuvième consommateur de vin bio au monde et sifflait environ 10,6 millions de bouteilles en un an.

« Souvent, les clients s’étonnent de trouver si peu de vin à la fois belges et bio, constate Régis Russo, professeur en sommellerie et caviste nature. Dans le microcosme de la consommation éthique, alternative, locale et naturelle, bien sûr que la demande existe. Mais
elle est encore peu rencontrée. Certains estiment même que le label bio est encore trop permissif et s’intéressent à d’autres produits estampillés « Demeter » ou « Vins Nature ». Par ailleurs ils sont relativement nombreux à se passer de label. « Entre le producteur, l’intermédiaire et le client peut exister une relation forte de confiance. On sait que les méthodes de travail d’un producteur sont respectueuses de la nature et que le produit est de
qualité. Par ailleurs ce n’est parce qu’un vin est bio qu’il est un bon vin ».

Un climat peu propice

Pourtant, aujourd’hui, rares sont les domaines de grande ampleur à produire du vin bio.
L’ASBL Vin de Liège est le principal représentant de la mouvance mais dans l’ensemble, moins de 90.000 bouteilles estampillées bio sont produites par an en Belgique. Peanuts par rapport aux presque million et demi de bouteilles produites sur une année.

Et ce peu de vins bio peut s’expliquer par les conditions de culture en Belgique.« On trouve deux types de cépage en Belgique, résume Pierre Rion, président de l’Association des Vignerons de Wallonie. D’une part, il y a les cépages traditionnels issus de l’espèce Vitis Vinicera – comme le chardonnay, le Müller-Thurgau ou le pinot auxerrois –, et les vins issus de cépages interspécifiques issus de nombreux croisements. Ces derniers sont plus adaptés au climat belge que les premiers. Et on a beau faire, le climat est plus humide ici que dans le sud de la France, et ça, ça favorise l’apparition de champignons et autres maladies. Il faut donc traiter ».

Ce que le bio demande c’est de ne pas utiliser de traitement systémique, à savoir un produit phytosanitaire directement absorbé par la plante et qui finit par circuler dans la sève. Par opposition à ces traitements systémiques, on retrouve aussi les produits de contacts comme année amère pour le vin wallon le souffre et le sulfate de cuivre. L’utilisation de ces produits est autorisée dans l’agriculture
bio, mais le cultivateur ne peut dépasser certains seuils. « Et toute la difficulté réside ici car ces traitements de contacts, sont balayés par la pluie et il faut les appliquer plusieurs fois.
Difficile dès lors de ne pas dépasser les seuils autorisés. Et tous ces produits sont ensuite absorbés par le sol ».

Des difficultés qui semblent ne pas en rebuter certains. Comme Sophie Wautier qui a planté ses 12.000 premières vignes il y a un an à Saintes dans le Brabant Wallon. « En 2020, nous sortirons notre première cuvée estampillée bio de vins pétillants. Je pense qu’il s’agira du premier de Belgique. Nous, on recherche la qualité plutôt que le rendement. Nous visons d’ailleurs une clientèle haut de gamme ». A côté de la mention « bio » sur l’étiquette des vins du domaine, on retrouvera celle de « biodynamique ». « Une façon de produire en fonction des phases de la lune et une manière de produire conforme à celle d’antan. Je ne sais pas si notre vin en sera meilleur, puisque nous n’avons pas encore récolté. Mais la terre, elle, nous semble plus saine ».

Source : Le Soir